Parce que mon blog doit bien porter son nom

Je suis las.

Je suis las de n’être considéré que comme un acheteur potentiel.

Je suis las d’être une source de revenus.

Je suis las que l’on apprend à compter l’argent mais que les gens ne comptent plus.

Je suis las de ma ville tapissée de publicités sexistes et dénaturées.

Je suis las des fausses statistiques imprimées sur des sources de nouvelles inventées.

Je suis las des opinions imposées, des incohérences contagieuses.

Je suis las des pages pleines sur lesquelles on ne peut poser mine.

Je suis las des ambitions génériques, de ces “quand je serai grand, je serai”, de l’absence de “maintenant, je suis”.

Je suis las de ces crèmes que l’on nous dit être beauté et de ces sports que l’on nous dit être mâle à des fins purement lucratives.

Je suis las de ces femmes qui n’ont rien d’humain, du désir d’être quelqu’un d’autre.

Je suis las de payer pour en voir d’autres vivre des vies parfaites à travers la fenêtre.

Je suis las qu’il est correct d’envoyer chier quelqu’un sur clavier mais incorrect de dire bonjour à un étranger dans la rue.

Je suis las des paires de seins qui vendent leurs fausses voix pour des millions, pendant que d’autres aspirent à, un jour, avoir la même.

Je suis las des guitares vues comme des instruments à attirer le sexe.

Je suis las des musiciens francophones qui s’obstinent à écrire en anglais sous prétexte que leur langue ne sonne pas bien.

Je suis las de voir mon pays vendu pour de petits profits.

Je suis las de me battre contre les miens.

Je suis las des audis, des mercedes, des bentleys.

Je suis las des pertes constantes des “Canadiens de Montréal” ironiquement plus critiquées que les pertes constantes des canadiens du Canada.

Je suis las des “I love Montreal” fabriqués en Chine.

Je suis las des conservateurs qui ne savent conserver que leur obstination à dépenser dans l’armement et à baiser la reine.

Je suis las des libéraux qui nous emprisonnent.

Je suis las des contradictions.

J’ai grandi en étant persuadé que les guerres, c’était du passé, ou au moins, qu’elles étaient ailleurs. Aujourd’hui, la guerre est chez nous, elle est dans les rues de ma ville dans les coeurs de ceux qui croient en un meilleur avenir, et de ceux qui, comme moi, commencent sérieusement à douter de la qualité de l’Homme. On se fait marcher dessus, on se fait voler, on se fait mentir; on se fait violer notre image, notre estime de nous-mêmes; on se fait détruire notre cours arrière pour construire des centres d’achat, ou plutôt des centres de ventes de cochonneries fabriquées ailleurs par des enfants exploités. Mais on s’en caliss. On s’en caliss parce qu’on a nos télés réalités qui nous montrent du monde pires que nous, on s’en caliss parce qu’on est capable de mordre à pleines dents dans des hamburgers faits avec dieu seul sait quoi, on s’en caliss parce qu’on a notre iphone qui nous offre n’importe quelle connerie à n’importe quel moment de la journée, parce qu’on a nos superhéros riches blancs et beaux qui sauvent le monde au cinéma, parce qu’on a nos mp3 de mauvaise qualité qui nous sortent des mélodies générées par ordinateurs et chantées par personne; toute cette musique qu’on écoute avec nos yeux pour mieux se fendre en deux quand on s’écoute dans le miroir. Le psychologue va te dire de travailler sur toi-même, que le mal est à l’intérieur. Le psychiatre va te prescrire des pilules miracles qui te feront oublier la merde dans laquelle tu es né. Et les deux se feront un plaisir de te surcharger pour le service qu’ils te rendent; celui du déni et de l’ignorance.

"Je vis dans un monde où ce qui est gratuit est ce que l’on détruit pour le posséder."
- Daniel Bélanger

Je suis là, et je suis las d’y être.