Texte de Jean Barbe sur les événements actuels au Québec

Le temps des turbulences

Au sortir d’un trop long hiver et d’une désespérante campagne électorale, les mauvaises nouvelles s’accumulent à l’horizon comme de gros nuages remplis d’électricité. Les vieux ont mal aux os. Les jeunes ont mal à l’âme. Les choses ne se présentent pas bien.

Il est normal, quand on vieillit, de se soucier de la santé. Avec les ans, les petits bobos deviennent grands, et les baby-boomers qui l’ont eue tout cuit dans le bec veulent finir leur vie sans douleur. On les comprend.

Mais les plus jeunes qui n’ont pas encore ni varices ni bursites considèrent la santé d’un autre œil, disons plus écologique.

Les changements climatiques, l’acidification des océans, la pollution des villes, les pesticides et les gènes tripatouillés qui se retrouvent dans l’assiette sont pour eux des problèmes de santé autrement plus préoccupants que les hémorroïdes de papy. On les comprend.

Nourris aux histoires de fins du monde, zombies, virus, désertification, radioactivité, ils secouent la tête en se disant que le futur c’est maintenant, et que leurs aînés soucieux de leur fonds de pension et de leurs cors au pied ont décidément la vue bien basse, puisqu’ils ne sont pas capables de lire plus loin que leur propre horizon, dix, quinze, vingt ans. Peut-être trente.

Avenir sombre

Si j’avais vingt ans, j’en voudrais à mort aux vieux et aux vieilles qui ont peur de perdre leurs privilèges d’aquagym comme si c’était l’urgence du siècle, alors que 97% des scientifiques de la planète nous assurent qu’on s’en va dans le mur et que d’ici 50 ans il n’y aura plus beaucoup de poissons dans l’océan, mais des tempêtes et des ouragans et des pluies torrentielles là et pas une goutte ailleurs, un climat cul par-dessus tête, des populations affamées par l’explosion du prix des aliments de base, obligées de chercher refuge chez le voisin par la montée des eaux causée par la fonte des glaciers. Et des Mac jobs pour se faire un coussin en prévision des mauvais jours.

Ça va péter, je vous le dis.

Ça pète toujours quand les vieux oublient que le monde va continuer après eux.

Juste dans les dix dernières années, il y a eu les émeutes des banlieues françaises en 2005, les émeutes alimentaires au Proche-Orient en 2007, les émeutes de Londres en 2011, les émeutes de Stockholm en 2013, et la Grèce, et l’Espagne, dont les jeunes sont aux chômages à 50%, et dont le budget antiémeute a augmenté de 1900% depuis deux ans. Des millions de personnes dans les rues, inquiètes d’un avenir confisqué.

Ici? Ah, ici, on a eu les quatorze vitrines pétées des manifestations étudiantes, que c’était vilain et puis la charte de valeurs pour venir étouffer tout ça. Un pays de vieux et de vieilles, tellement soucieux de ne pas perdre son petit confort qu’il en oublie de prendre des nouvelles de ses enfants et de ses petits-enfants.

Après eux, le déluge. Ou la sécheresse, ça dépend. Leur santé est un égoïsme.

Dernier article du chroniqueur et écrivain Jean Barbe

Ça fait 30 ans cette année que je gagne (une partie de) ma vie en écrivant des chroniques dans les journaux. En 1984, je sortais à peine du cégep que j’entrais, à la pige, une couple de fois par mois, dans les pages d’un quotidien montréalais.

Trente 
ans à dire des choses sur l’air du temps. Avec parfois des pauses, parce que l’air du temps, contrairement aux apparences, sent souvent le renfermé, comme si on avait négligé d’ouvrir les fenêtres. La maison ne sent pas très bon, mais c’est notre maison et notre odeur, alors on ne fait pas attention. Eh, qu’on est ben cheu nous!

Trente ans à chercher comment ouvrir les fenêtres.

Je chroniquais à la machine à écrire avant de passer à l’ordi, mais ce sont les mêmes sujets qui reviennent inlassablement.

Toujours la question des sous et combien certains en ont trop et d’autres pas assez. Toujours la question d’aider les plus démunis plutôt que de leur reprocher leur dénuement.

Toujours la question de notre identité pas assez affirmée pour être accueillante, pas assez accueillante pour être affirmée.

Toujours la question de l’environnement, depuis 30 ans, avec pour seules avancées concrètes le paiement des sacs de plastique à l’épicerie et les bacs de recyclage sur le trottoir.

Trente chroniques de Noël. Trente rentrées littéraires.

Trente années d’urgences débordées. Trente ans de «réalisme» économique. Toujours l’à-plat-ventrisme des gouvernements devant l’industrie et la finance.

Au moins cinq grandes grèves étudiantes.

Huit élections au Québec. Toujours pas de pays. Pas vraiment de progrès. La stagnation.

PQ. PLQ. PQ. PLQ. PQ. PLQ. PQ. Pile ou face. Plein le Q.

Injures

Ah, oui! le métier a changé. Avant, quand il n’était question que de mots sur du papier, il fallait sortir dehors pour qu’un passant vous aborde et vous crie des bêtises. Maintenant, ça se fait sur Facebook et Twitter. Mais c’est la même injure ou le même compliment, selon que le passant est d’accord ou pas avec moi.

Trente années à arpenter la ville à pied, au ras du monde, pour en constater la furieuse envie d’évasion parce que le 9à 5 et les taux hypothécaires ne font pas une raison de vivre.

Trente ans à chercher des mots nouveaux pour dire, au fond, toujours la même chose: qu’il faut penser autrement, qu’il faut sortir du cadre, que le réalisme qu’on nous impose est une vue de l’esprit qui ne profite qu’à certains.

Il aurait été bien plus facile (et bien plus payant) pour moi de changer de discours. De vieillir avec ma gang et de me transformer en mononcle populiste. Mais je me refuse au confort tant que mon confort se fabrique sur l’inconfort des autres.

Trente ans à écrire la colère et l’espoir.

Et pas de conclusion.

Alors?

Écrire encore.

En suite au post sur marois: Jean-Martin Aussant, lui, il l’a l’affaire.

"Se priver de la souveraineté, c’est se priver du plein contrôle des questions de langue, de culture. La souveraineté, c’est la vraie sécurité"
dit marois qui taxe des gens parce qu’ils écrivent “hotdog” et qui créé une loi anti-manifestation qui réduit nos droits comme citoyens. Go marois. Ça me tente un pays sécuritaire comme tu l’envisages.

Je suis souverainiste, mais elle, elle n’aide pas la cause.

Et puis c’est quoi cette tendance de faire une ‘mise en scène’ pour une publicité politique? Quand j’entends du p’tit piano en arrière d’un message politique, j’ai juste l’impression qu’on me prend pour un cave. Comme si sa p’tite musique sentimentale allait me sensibiliser à son message.

Sensationalisme de marde. Et ça, ce n’est pas que marois; c’est tous les partis, même Option Nationale. Si t’as un message à dire, dis le message clairement. Pas besoin d’apparaître à l’écran avec un attitude de “ah, vous êtes là? J’savais pas.” Vous êtes politiciens, pas comédiens; on est des citoyens, pas votre public.

Sur ce, je vais flipper des tables.

Marois indexera les frais de scolarité dès septembre…

Grosso-modo une hausse d’environ 100$ par année.
Je me souviens d’une certaine première ministre en devenir qui tappait sur des casseroles et portaient un carré rouge dans les rues…

Si ce n’est pas une flagrante démonstration d’opportunisme dégoutant, I don’t know what is.

Sans compter que d’imposer de grasses amandes aux entreprises de non-francophones parce qu’il est écrit “hotdog” plutôt que chien chaud sur leurs menus n’est très certainement pas une bonne façon de les rallier à notre cause souverainiste. Pis toé quand tu vas dans un “belle province” tu vas me faire à croire que tu commandes des chiens chauds? 

Bravo la grande. Clap clap. Accepterais-tu rotteux?

Je me prépare mentalement à un Québec caquiste aux prochaines élections…

Il est tout à fait correct de se plaindre de la lenteur du service de transport. Le métro est en retard, donc on est en retard au travail, on perd 5-10 minutes de notre précieux temps rémunéré, on perd la face pour notre patron qui nous achète pour un service rendu qui le bénéficie beaucoup plus que nous-même; alors on se fâche. Okay.
Il est tout à fait acceptable de se plaindre que notre musicien préféré sort un nouveau disque qui n’est pas du même style que ses précédents; parce que quand on achète un nouveau disque, on veut ce à quoi on s’attend; on ne veut pas de découverte, pas de surprise; on ne veut surtout pas faire travailler notre cerveau pour comprendre un nouvel enchainement harmonique. Ben trop difficile.
Il est socialement acceptable de chialer sur un jeu vidéo qui ne satisfait pas nos attentes. Ah, tiens, le serveur de Diablo 3 ne fonctionne pas pendant 2 heures; on rempli alors le forum officiel de Blizzard avec des plaintes telles que “j’ai payé pour ce jeu là, je veux y jouer, espèce de compagnie de marde”. C’est aussi tout à fait correct d’organiser une manifestation contre EA parce que la fin de Mass Effect 3 n’est pas ce à quoi les fans s’attendaient. C’est beau, c’est bien.
La compagnie pour laquelle on travaille décide de reculer le début des quarts de travail, passant de 9AM à 7h30AM; on se plaint parce qu’il faut se lever tôt. C’est difficile, la vie.
Brad et Angelina se sont encore chicané. C’est triste.
Notre équipe de hockey n’a encore pas gagné la coupe stanley. Ah ben criss, c’est la fin du monde.
Y’a un embouteillage su’l pont. Barnak, une autre heure de ma vie perdue.
Y pleut dehors. Caliss, la vie va mal.
Tout ça, c’est bien beau. Tout ça, c’est normal.
Mais quand vient le temps de se lever pour le bien commun, de se battre pour la nation, de vouloir faire tomber les exploiteurs pour aider les exploités; quand vient le temps de se battre pour la culture d’un peuple en voie de disparition, quand on se bat pour l’image de la femme, pour l’éducation, pour une qualité de vie globalement meilleure…
On dérange.
Viens donc m’expliquer la logique à l’intérieur de ta petite tête. Viens donc me dire combien tes sacres incohérents sur l’état de la série de la ligue de hockey ou ben le temps que tu ne peux pas passer à jouer à Diablo serait plus important que le bien-être commun. Essaie donc de me convaincre que ton esti de gros derrière sale écrasé sur ses convictions imposées par un système capitaliste basé sur l’exploitation et le mensonge est plus malin que ceux qui se lèvent et essaient d’améliorer le monde dans lequel ils sont nés malgré eux…
C’est facile d’adhérer. “C’est comme ça, c’est comme ça. Kessé tu veux faire?”
Il est déplorable de voir jusqu’à quel point les gens peuvent aller jusqu’à se battre pour ceux qui les oppressent et contre ceux qui veulent les aider… et si on gagne, si les exploiteurs endimanchés tombent, même ceux qui se battaient en leurs noms vont en bénéficier.
Si j’étais premier ministre, j’augmenterais de 75% les taxes sur tous les produits de marketing de masse. Je serais curieux de voir les réactions; est-ce que les partisans du système se lèveraient à leur tour; à coup de 300,000 dans les rues? “Free TV! Free makeup! Free 4/4 beat music!”.
Eh oui, je sais; je suis fâché et j’en fâche. D’aimer la télévision, le makeup et le beat ne fait de personne une mauvaise personne. Mais ce sont des limites, de faux besoins, des dépendances exigées par un système oppressant… et c’est facile d’adhérer.

Il est tout à fait correct de se plaindre de la lenteur du service de transport. Le métro est en retard, donc on est en retard au travail, on perd 5-10 minutes de notre précieux temps rémunéré, on perd la face pour notre patron qui nous achète pour un service rendu qui le bénéficie beaucoup plus que nous-même; alors on se fâche. Okay.

Il est tout à fait acceptable de se plaindre que notre musicien préféré sort un nouveau disque qui n’est pas du même style que ses précédents; parce que quand on achète un nouveau disque, on veut ce à quoi on s’attend; on ne veut pas de découverte, pas de surprise; on ne veut surtout pas faire travailler notre cerveau pour comprendre un nouvel enchainement harmonique. Ben trop difficile.

Il est socialement acceptable de chialer sur un jeu vidéo qui ne satisfait pas nos attentes. Ah, tiens, le serveur de Diablo 3 ne fonctionne pas pendant 2 heures; on rempli alors le forum officiel de Blizzard avec des plaintes telles que “j’ai payé pour ce jeu là, je veux y jouer, espèce de compagnie de marde”. C’est aussi tout à fait correct d’organiser une manifestation contre EA parce que la fin de Mass Effect 3 n’est pas ce à quoi les fans s’attendaient. C’est beau, c’est bien.

La compagnie pour laquelle on travaille décide de reculer le début des quarts de travail, passant de 9AM à 7h30AM; on se plaint parce qu’il faut se lever tôt. C’est difficile, la vie.

Brad et Angelina se sont encore chicané. C’est triste.

Notre équipe de hockey n’a encore pas gagné la coupe stanley. Ah ben criss, c’est la fin du monde.

Y’a un embouteillage su’l pont. Barnak, une autre heure de ma vie perdue.

Y pleut dehors. Caliss, la vie va mal.

Tout ça, c’est bien beau. Tout ça, c’est normal.

Mais quand vient le temps de se lever pour le bien commun, de se battre pour la nation, de vouloir faire tomber les exploiteurs pour aider les exploités; quand vient le temps de se battre pour la culture d’un peuple en voie de disparition, quand on se bat pour l’image de la femme, pour l’éducation, pour une qualité de vie globalement meilleure…

On dérange.

Viens donc m’expliquer la logique à l’intérieur de ta petite tête. Viens donc me dire combien tes sacres incohérents sur l’état de la série de la ligue de hockey ou ben le temps que tu ne peux pas passer à jouer à Diablo serait plus important que le bien-être commun. Essaie donc de me convaincre que ton esti de gros derrière sale écrasé sur ses convictions imposées par un système capitaliste basé sur l’exploitation et le mensonge est plus malin que ceux qui se lèvent et essaient d’améliorer le monde dans lequel ils sont nés malgré eux…

C’est facile d’adhérer. “C’est comme ça, c’est comme ça. Kessé tu veux faire?”

Il est déplorable de voir jusqu’à quel point les gens peuvent aller jusqu’à se battre pour ceux qui les oppressent et contre ceux qui veulent les aider… et si on gagne, si les exploiteurs endimanchés tombent, même ceux qui se battaient en leurs noms vont en bénéficier.

Si j’étais premier ministre, j’augmenterais de 75% les taxes sur tous les produits de marketing de masse. Je serais curieux de voir les réactions; est-ce que les partisans du système se lèveraient à leur tour; à coup de 300,000 dans les rues? “Free TV! Free makeup! Free 4/4 beat music!”.

Eh oui, je sais; je suis fâché et j’en fâche. D’aimer la télévision, le makeup et le beat ne fait de personne une mauvaise personne. Mais ce sont des limites, de faux besoins, des dépendances exigées par un système oppressant… et c’est facile d’adhérer.