Dernier article du chroniqueur et écrivain Jean Barbe

Ça fait 30 ans cette année que je gagne (une partie de) ma vie en écrivant des chroniques dans les journaux. En 1984, je sortais à peine du cégep que j’entrais, à la pige, une couple de fois par mois, dans les pages d’un quotidien montréalais.

Trente 
ans à dire des choses sur l’air du temps. Avec parfois des pauses, parce que l’air du temps, contrairement aux apparences, sent souvent le renfermé, comme si on avait négligé d’ouvrir les fenêtres. La maison ne sent pas très bon, mais c’est notre maison et notre odeur, alors on ne fait pas attention. Eh, qu’on est ben cheu nous!

Trente ans à chercher comment ouvrir les fenêtres.

Je chroniquais à la machine à écrire avant de passer à l’ordi, mais ce sont les mêmes sujets qui reviennent inlassablement.

Toujours la question des sous et combien certains en ont trop et d’autres pas assez. Toujours la question d’aider les plus démunis plutôt que de leur reprocher leur dénuement.

Toujours la question de notre identité pas assez affirmée pour être accueillante, pas assez accueillante pour être affirmée.

Toujours la question de l’environnement, depuis 30 ans, avec pour seules avancées concrètes le paiement des sacs de plastique à l’épicerie et les bacs de recyclage sur le trottoir.

Trente chroniques de Noël. Trente rentrées littéraires.

Trente années d’urgences débordées. Trente ans de «réalisme» économique. Toujours l’à-plat-ventrisme des gouvernements devant l’industrie et la finance.

Au moins cinq grandes grèves étudiantes.

Huit élections au Québec. Toujours pas de pays. Pas vraiment de progrès. La stagnation.

PQ. PLQ. PQ. PLQ. PQ. PLQ. PQ. Pile ou face. Plein le Q.

Injures

Ah, oui! le métier a changé. Avant, quand il n’était question que de mots sur du papier, il fallait sortir dehors pour qu’un passant vous aborde et vous crie des bêtises. Maintenant, ça se fait sur Facebook et Twitter. Mais c’est la même injure ou le même compliment, selon que le passant est d’accord ou pas avec moi.

Trente années à arpenter la ville à pied, au ras du monde, pour en constater la furieuse envie d’évasion parce que le 9à 5 et les taux hypothécaires ne font pas une raison de vivre.

Trente ans à chercher des mots nouveaux pour dire, au fond, toujours la même chose: qu’il faut penser autrement, qu’il faut sortir du cadre, que le réalisme qu’on nous impose est une vue de l’esprit qui ne profite qu’à certains.

Il aurait été bien plus facile (et bien plus payant) pour moi de changer de discours. De vieillir avec ma gang et de me transformer en mononcle populiste. Mais je me refuse au confort tant que mon confort se fabrique sur l’inconfort des autres.

Trente ans à écrire la colère et l’espoir.

Et pas de conclusion.

Alors?

Écrire encore.

La charte

Hier, j’ai tenu la porte dans le métro pour deux dames arabes voilées; l’une d’elle poussait une poussette…

Devinez quoi? Elles n’ont pas explosé, elles ne sont pas tombées à genoux sur un tapis pour prier “Hallah”, non non, pas de bombe dans la poussette.

Elles m’ont souri et remercié poliment et gentiment.

Ce qui est bien plus que beaucoup de québécois de race blanche à qui j’ai tenu la porte par le passé.

Les choses que l’on entend quand on étudie en musique…

  1. - J’espère que je ne suis pas en train de vous enduire d’horreur.

  2. - Assures-toi d’accrocher ton microphone bien droit sur le support, sinon tu vas te ramasser à faire des prises de son de style “gangsta” (dit-il en tenant son micro de côté)

  3. - C’est précis comme un quart de poil de mollet de fourmis.

  4. - Nez-en-moins…

  5. - Assures-toi de bien remettre des partitions aux instrumen-tristes.

  6. - Si d’un côté t’enregistres Miles Davis, et de l’autre t’enregistres une tondeuse, ça donne…
    - Une trompeuse?

  7. - Joseph Fourier a inventé la FFT; ou Fast Fourier Transfer.
    - La Fast and Fourier!

  8. - Il y a bien juste à la faculté de musique de l’Université de Montréal que la photocopieuse joue des tritons…

Juste un petit chialage rapide…

Il me semble que je me casse toujours la tête pour être cohérent et convaincant, pour sortir de bons points sensés lorsque j’argumente au sujet de la grève étudiante qui a lieu présentement au Québec… Voici à quoi ça ressemble:

Moi: Hausser les frais de scolarité, c’est réduire l’accessibilité aux étude, donc réduire le taux de participation scolaire, réduire le niveau d’éducation d’un peuple, le rendre plus susceptible à la manipulation, élargir l’écart entre les riches et les pauvres, ceux qui exploitent et ceux qui sont exploités…

Eux: Ouin mais les étudiants boivent de l’alcool et ont des ordinateurs.

Moi: Le gouvernement Charest utilise l’argent des taxes et impôts pour exploiter des ressources naturelles non-renouvelables, les vendre ailleurs, appauvrissant notre pays petit à petit, sans compter la pollution, la destruction graduelle de notre planète… (et pour faire des partys de bureau, avec des bonnes bouteilles qui valent je-ne-sais-combien…)

Eux: Ouin mais vous bloquez des ponts.

Moi: Le gouvernement Charest abuse de son pouvoir, utilise des moyens violents et extrêmes pour contrôler des manifestations qui, à la base, se veulent pacifique. Après 10 semaines de grève sans réaction, c’est normal qu’il y ait quelques débordements. Est-ce vraiment correct de traiter les manifestants avec une telle violence?

Eux: Ouin mais vous cassez des vitres.

Moi: Plusieurs solutions sensées ont été proposées par les associations étudiantes, et aucune n’a été entendue… pourquoi s’obstiner à vouloir demander plus à ceux qui en ont déjà peu?

Eux: y sorte tjrs les meme arguments lé carrés rouges; un texte apri par coeur. Criss de gang de cave.

Maintenant ma question du jour: Comment font-ils pour se prendre au sérieux, les “carrés verts”? Ils n’ont généralement absolument rien de bon à dire… ils se plaignent de petits détails quand on les compare à l’avenir de notre patrie, la qualité de vie d’une population entière, face à quoi? Leur propre confort personnel? L’accès à un pont? Une pauvre petite fenêtre du palais des congrès qu’on a cassé? Oooouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuh

Excusez-NOUS de briser votre confort du quotidien, gang de capitalistes sales. On comprend, vous êtes biens dans votre ignorance, votre confort matériel, vos nouvelles teintées de mensonges du journal de Montréal…

Je me permets de le dire, ici, sur mon blog que vous ne lirez malheureusement pas: Mangez donc “toute” de la “marde”.


PS: moé kan jfai des fôtes c’est voulu. Parce que “moé” j’ai eu la chance d’étudier et d’y tenir à coeur. Vous dites “Commencez donc à travailler pis on parlera après”, moi je vous dis commencez donc à apprendre… avec une tête sur les épaules, ça irait mieux.